Envisager de quitter le secteur du soin est une réflexion de plus en plus courante chez les professionnels infirmiers. Pourtant, beaucoup sous-estiment la valeur de leur expérience en dehors du monde médical. Leurs compétences non techniques, ou "soft skills", acquises au quotidien, représentent un véritable capital pour une reconversion réussie. Le bilan de compétences se révèle alors un levier essentiel pour identifier, formaliser et transposer ces savoir-être vers de nouveaux horizons professionnels, transformant une expérience clinique en atouts universels.
Les soft skills, un trésor caché du métier d'infirmier
Au-delà des gestes techniques, le métier d'infirmier(e) forge un ensemble de compétences humaines et relationnelles très recherchées. Souvent considérées comme innées, elles sont en réalité développées et renforcées par des années de pratique dans des contextes exigeants. Les identifier est la première étape pour les valoriser.
L'intelligence émotionnelle et l'empathie
La capacité à comprendre et gérer ses propres émotions et celles des autres est au cœur du soin. L'écoute active, l'empathie, la reformulation et la gestion de l'agressivité ou de l'anxiété des patients et de leurs familles sont des compétences directement applicables dans le management d'équipe, les ressources humaines ou la relation client.
La gestion du stress et de l'urgence
Travailler en flux tendu, prendre des décisions rapides sous pression, prioriser les tâches critiques... Le quotidien hospitalier est un entraînement intensif à la gestion du stress. Cette résilience et cette capacité à garder son sang-froid sont des atouts précieux dans des environnements dynamiques comme la gestion de projet, l'événementiel ou le conseil.
La communication et la pédagogie
L'infirmier(e) passe son temps à communiquer : avec les patients pour expliquer un traitement (éducation thérapeutique), avec les familles pour rassurer, avec les médecins pour transmettre des informations précises et synthétiques. Cette aisance à adapter son discours à différents interlocuteurs est une compétence clé dans les métiers de la formation, du commerce ou de la communication.
La rigueur et le sens de l'organisation
Le respect des protocoles, la traçabilité des actes, la planification des soins pour plusieurs patients et la gestion des stocks de matériel demandent une organisation et une rigueur sans faille. Ces compétences sont hautement valorisées dans des domaines comme le contrôle qualité, la logistique ou l'administration.
Le bilan de compétences : traduire le soin en opportunités
Le défi principal est de traduire ces compétences du langage soignant au langage de l'entreprise. Le bilan de compétences, encadré par des dispositions légales précisées par des organismes comme France Compétences, offre un cadre structuré pour cette démarche. Il permet de prendre du recul sur son parcours pour ne plus le voir comme une suite d'actes techniques, mais comme un portefeuille de compétences transférables. Ce processus est une étape fondamentale, surtout pour un infirmier qui envisage de quitter l'hôpital et d'explorer d'autres voies.
Un consultant spécialisé aide à mettre des mots sur ces savoir-être, à les illustrer par des exemples concrets tirés de l'expérience professionnelle, et à les aligner avec un nouveau projet de carrière. Par exemple, "gérer un service de 20 lits en situation de crise" devient "piloter une unité opérationnelle sous forte contrainte, avec gestion des priorités et des ressources humaines".
Vers quels secteurs se tourner ?
Une fois les soft skills identifiés et traduits, de nombreuses portes s'ouvrent. Les recruteurs, notamment dans les secteurs en tension, sont de plus en plus attentifs à ces compétences humaines qui garantissent une meilleure intégration et performance. Selon des études de l'APEC, les soft skills sont devenus un critère de recrutement aussi important que les compétences techniques.
Quelques pistes de reconversion :
- Management et Ressources Humaines : pour la gestion d'équipe, le recrutement, la gestion des carrières, où l'écoute et l'empathie sont primordiales.
- Formation et Conseil : en tant que formateur en santé, consultant en organisation des soins ou en prévention des risques professionnels.
- Coordination de projets : dans le secteur associatif, la santé publique, l'humanitaire ou les EHPAD.
- Fonctions commerciales : pour des entreprises du secteur pharmaceutique, du matériel médical ou des assurances, où la pédagogie et la confiance sont essentielles.
Ces exemples montrent qu'une reconversion d'une infirmière vers le monde de l'entreprise est souvent possible sans reprendre un long cursus diplômant.
En conclusion, quitter le soin ne signifie pas renier ses années d'expérience, mais au contraire, les capitaliser. Les soft skills développés au chevet des patients sont une richesse inestimable. Un bilan de compétences est l'outil méthodologique par excellence pour en prendre conscience, les valoriser et construire un projet professionnel épanouissant et cohérent avec ses aspirations.